dimanche, décembre 04, 2005

Beauté...

On vient d'élire une nouvelle Miss France... C'est un lieu commun de rappeler que les critères de beauté ont évolué au cours des siècles; maquillée et habillée la Vénus de Milo devient une grosse dondon. La beauté est une valeur toute relative. Et je retrouve dans mes papiers un petit récit écrit il y a quelque temps. Je vous le livre.

Dans le métro. Le garçon est beau. Pas de cette beauté classique et froide perpétuée par les ciseaux des sculpteurs antiques. Il n'a rien d'un Antinoüs. Le nez court et un peu camus évoque plus un faune qu'un éphèbe. Je ne peux lui donner d'âge exact. S'il n'est plus un adolescent, il n'est pas encore un homme. Son visage étrange, anguleux, m'a frappé dès que je suis entré dans le wagon. Le garçon était assis à l'extrémité de la voiture et je n'ai trouvé de place qu'au milieu, près d'une femme aux cheveux teints en noir corbeau, une grosse dame puant un parfum à la mode dont les trop violents effluves m'évoquent plus des dessous féminins douteux que des fragrances printanières.
Je ne vois le jeune homme que par intermittence, les voyageurs qui montent et descendent l'éclipsent souvent et je le redécouvre chaque fois. De courtes boucles dorées retombent sur son front, soulignant un aspect faunesque qu'accentuent encore de petites oreilles un peu pointues. Il lit. Un magazine. Il relève de temps en temps sa belle tête, réfléchissant probablement à ce qu'il vient de lire en se mordant les lèvres de ses dents de jeune carnassier.Je vois mieux alors ses yeux fendus, presque asiatiques, cernés de bistre, qui laissent filtrer un regard sombre, son menton carré et sa bouche trop large ombrée d'un duvet léger. Dans le cou serré à la base par la patte d'un blouson de cuir noir, la pomme d'Adam ne saille qu'imperceptiblement. L'ensemble possède un rien de vulgarité. Ce beau garçon me fait penser à une vedette populaire, chanteur rock au charme équivoque d'un célèbre groupe anglais. Il m'évoque aussi ces beaux visages de jeunes dieux Pan nés du crayon de Jean Cocteau.
Il lève soudain les yeux vers le dessus de la porte automatique, interroge le schéma des stations. Il arrive sans doute à destination. Il replie son magazine, baisse la fermeture à glissière de son blouson, se lève et s'avance dans l'allée, vers moi...
Je distingue mieux alors sous le blouson entrouvert la forme des seins; s'il me restait le moindre doute, la jupe courte serrée sur les cuisses épaisses les dissiperait.
Je comprends alors que ce beau garçon est une femme.

Et qu'elle est laide.

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